Selon Jean-François Vermette, conseiller d’affaires en innovation chez Investissement Québec, la notion de productivité énergétique, qui mesure la valeur économique créée par unité d'énergie consommée, est destinée à devenir un baromètre clé dans les années à venir.
Selon une étude de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal, le Québec gaspille 50 % de son énergie, principalement sous forme de pertes thermiques, dont une part importante provient des activités industrielles. «Cela représente environ 1 000 pétajoules annuellement qui pourraient être récupérées. Il y a donc un potentiel de gains important à faire pour nos industries», explique Jean-François Vermette.
Trois technologies performantes
Heureusement, les manufacturiers désireux de s'engager dans cette transition ont accès à un arsenal de technologies, soutient-il. Parmi elle, les pompes à chaleur, ou thermopompes, des systèmes capables de transporter la chaleur d'un milieu à un autre. Ces systèmes offrent un rendement jusqu'à cinq fois supérieur aux méthodes conventionnelles de chauffage. Ils sont robustes et adaptables à des applications industrielles de grande taille. L'exemple de la brasserie Labatt à Montréal, qui investira afin de réduire sa consommation de gaz naturel grâce à une pompe à chaleur de 700 kW, illustre bien les avantages de cette technologie, souligne Jean-François Vermette.
Un autre exemple de technologie qui est simple et à la portée des entreprises : les variateurs de vitesse. Ces dispositifs ajustent la vitesse des moteurs électriques selon les besoins réels de la production, pouvant réduire la consommation énergétique jusqu'à 60 % pour certains équipements. En plus des économies d'énergie, ils contribuent à une usure moindre des machines et à une réduction des coûts de maintenance.
La valorisation des rejets thermiques est une autre approche à considérer. Elle permet de récupérer et réutiliser la chaleur perdue dans les procédés industriels. Cette approche permet une économie significative d'énergie et de coûts et peut s'inscrire dans une dynamique d'économie circulaire, notamment lorsque l'énergie est partagée entre différentes entreprises, favorisant ainsi des synergies locales.
En s'intégrant aux outils de gestion numérique des entreprises, ces solutions permettent d'orchestrer une gestion de l'énergie plus précise et plus réactive. La numérisation des systèmes énergétiques, souvent associée à l'industrie 4.0, permet d'ajuster en temps réel la consommation d'énergie aux besoins de production, d'optimiser les performances et de réduire les coûts opérationnels, résume Jean-François Vermette.
Le Groupe Robert, champion de l’efficacité énergétique
Il y a déjà plusieurs années que le Groupe Robert, leader québécois en logistique de transport, s’est engagé dans une démarche d’efficacité énergétique. Fondée en 1946 par Rosario Robert et aujourd'hui dirigée par son petit-fils, Michel Robert, l'entreprise familiale n'a de cesse d'innover pour atteindre ses objectifs en faveur de l’environnement.
«On est conscient de l'importance de la durabilité et de la réduction de notre empreinte écologique. Nos clients et nos employés y sont aussi très favorables. En tant que leader dans notre industrie, on a le devoir d'agir concrètement sur ces deux priorités», affirme Daniel Girouard, chef de l’exploitation de l’entreprise.
Afin de réduire les émissions de GES dans ses opérations de transport, le Groupe Robert mise sur des solutions alternatives aux énergies fossiles. Récemment, l’entreprise a fait l'acquisition de véhicules électriques pour les trajets de courtes distances. Six camions de manœuvre électrique s’ajouteront bientôt à sa flotte et seront en service sur son site de Boucherville. Pour les longues distances, elle privilégie les véhicules au gaz naturel comprimé, un carburant renouvelable, plus propre que le diesel et plus efficace que l'électrique.
L'engagement du Groupe Robert va au-delà des véhicules propres. L'entreprise a fait de la responsabilité sociétale une priorité en intégrant les normes ESG dans sa gestion et en collaborant avec des organismes indépendants pour évaluer et comprendre son impact environnemental.
Pour ce qui est du nouveau centre de distribution automatisé de Varennes, il sera à la fine pointe des technologies en matière d'efficacité énergétique. Marc-Antoine Bucci, directeur principal, Gestion des bâtiments, automatisation et projets, souligne que dès la phase de conception, l'accent a été mis sur quatre initiatives énergétiques :
Un système de réfrigération au CO2: en collaboration avec Zéro-C, le Groupe Robert a développé un système de réfrigération utilisant le CO2, réduisant la consommation énergétique et permettant la récupération de chaleur pour le chauffage des espaces de travail et de l'entrepôt de produits congelés.
Un système de gestion de l’énergie électrique: il permet de suivre en temps réel les équipements et les systèmes en fonction, et de connaître leur consommation énergétique. Grâce à ces informations, l’entreprise est en mesure de contrôler ses pointes de consommation et de réduire ses besoins en électricité.
Une enveloppe du bâtiment efficace: en partenariat avec Norbec, le Groupe Robert a développé des panneaux isolants à haut rendement, permettant de réduire la charge frigorifique requise de 25% et d'améliorer l'isolation de l'entrepôt de 60% par rapport aux standards conventionnels.
Des panneaux solaires: l'intégration prochaine de panneaux solaires sur la toiture et la façade sud du centre de distribution va permettre non seulement de réduire la consommation énergétique du groupe, mais également sa dépendance au réseau électrique. L’ajout possible de batteries de stockage rendrait possible l’atteinte d’une autonomie énergétique.
Grâce à une efficacité énergétique accrue, le Groupe Robert réduit ses coûts opérationnels et minimise son impact environnemental. Ses initiatives contribuent également à la croissance de l’entreprise et à l’attraction des talents qui partageront et enrichiront sa vision durable, conclut Daniel Girouard.
